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dimanche, 31 janvier 2010

Equitation éthologique

Que devrait signifier ce terme et quelles seraient les conséquences logiques de son adoption comme d’une véritable philosophie ?

LaFamille.jpgTout d’abord, dans ce processus de définition, évoquons les caractéristiques considérées comme les plus fondamentales pour la nature des chevaux.

Principalement, le cheval se révèle un animal social, vivant dans des groupes de harems de famille étendue. Selon la population et le secteur de son territoire, il peut faire partie d'un troupeau plus grand, comportant aussi bien des harems que des groupes de célibataires. Par son appartenance au groupe, chaque individu se gère  entre congénères par un réseau de rapports coopératifs, régissant le contact social, la sécurité, l'éducation des jeunes et supportant directement tous les autres comportements innés, simples et complexes. Tout ne réside pas dans une question de nature, la nourriture affectant  beaucoup le comportement à travers le mécanisme de la culture. Au moyen de cette éducation familiale, le jeune cheval acquiert les modèles fonctionnels de comportement, les plus aptes à lui faire développer une personnalité équine stable, bien élevée, coopérative, tendre, communicative, à la fois ouverte, curieuse lui permettant d’apprendre rapidement. Donc nous pourrions logiquement suggérer qu'une éducation "naturelle" soit une base essentielle à "l’équitation éthologique".

Si nous persistions dans cette ligne de raisonnement il y aurait un grand nombre de pratiques de gestion qui ne résisteraient pas à un examen minutieux comme ayant une base concevable "naturelle" ; l'enfermement dans une écurie, le sevrage forcé, la castration, le ferrage, le mors dans la bouche etc. Et toutes ces pratiques forment la méthodologie sous-jacente de la formation  selon "l’équitation éthologique" de nombreux chevaux. L’homme de cheval novice se soumet à un flot infini de revendications et de contre-revendications qui tiennent souvent plus  de la mise en scène,  de la promotion de soi-même et  des opérations destinées à un but commercial plutôt qu'au véritable traitement éthique de l'animal. Une soi-disant pseudo-science soutient une multitude de méthodes dont la nature véritable a peu ou en définitive rien à voir avec un comportement naturel vis à vis du cheval - tout cela malgré les revendications basées sur les nombreuses heures "d'observation des chevaux sauvages".

Alors, ce terme ne signifie rien du tout - ou bien est-ce simplement la réunion de toutes sortes de techniques différentes, dont l'utilisation cache en fait que beaucoup d'entre elles fonctionnent à un niveau de la résignation acquise ? Et, si c'est le cas, ne pourrait-on dire honnêtement que l'utilisation du terme "équitation éthologique" induit généralement en erreur et ouvre à la manipulation dans le but unique de se faire de l'argent ?

© Cheval au Naturel magazine

jeudi, 28 janvier 2010

A 26 ans, je prends un coup de vieux

Malheureusement en 2005, à l’âge de 26 ans, je commence à perdre du muscle et à devenir physiquement moins fort. Je dois m’incliner devant les autres étalons plus jeunes que moi. Je montre mon désir de vivre à part : je m’éloigne des autres…

Piscine.jpgMes propriétaires décident de m’installer dans le jardin jouxtant directement le pré de mes compagnons.

Je leur semble plus serein et moins inquiet ; seulement, au cours de l’année, un accident sans conséquences graves va révéler que j’ai un problème.

Je tombe dans la piscine en plein milieu de la journée !! On réalise alors que je suis complètement aveugle, et ce sûrement depuis quelque temps déjà… le vétérinaire diagnostique une cataracte sévère à l’œil gauche et une grave infection avec œdème de l’œil droit.

Je vais commencer à apprendre par cœur les limites de mon nouveau domaine, le jardin et le patio. J’en connais aujourd’hui parfaitement les moindres détails, et je me promène tranquillement devant la maison et le bureau. Je sais exactement où se situe la piscine, chaque arbre, chaque buisson, le point d’eau, le box qui me sert d’abri et reste ouvert 24 heures sur 24.

Je mène ainsi une existence paisible et heureuse, à mon rythme, broutant le gazon de temps en temps, ressentant chaque mouvement, chaque son, le chat passant entre mes jambes... et je me fait bichonner par les visiteurs.

En un an, je perds presque la moitié de mes dents. On me nourrit avec des compléments, des cubes de foin écrasés en petits morceaux et des céréales floconnées.

01RoyalEye04.jpgA 30 ans, j’entame une carrière au cinéma

En 2009, je fête mes 30 ans et tient le rôle principal du film « INSOUMIS, une histoire de chevaux… ».

Une belle histoire de rêve et de liberté. Je joue le rôle d’un vieux cheval de club qu a été enfermé toute sa vie et rêve d’espace et de liberté.

On m’a dit que les chevaux pouvaient vivre 50 ans; j’ai donc encore de beaux jours devant moi… à rêver que tous les chevaux du monde après une vie comme la mienne, puisse jouir encore d’une vie calme et sereine, et aient la possibilité de laisser cette vie s’éteindre d’elle même, de façon naturelle et non programmée. 

Amicalement vôtre...

Secretary Royal

© Cheval au Naturel magazine

mercredi, 27 janvier 2010

Vive la Provence !

J’ai 13 ans, en 1992, lorsque mes propriétaires déménagent leurs huit chevaux, deux chiens et deux chats pour créer, en Provence, l’Eldorado Ranch. Je reprends alors une vie en box la nuit et au pré-paddock individuel, la journée. Entraîné et monté par mon propriétaire, je deviens champion de France en Hunter under Saddle en 1992 puis triple champion de France en Hunter under Saddle, Hunter Hack et Trail en 1993… à l’âge de 14 ans.

Alpies.jpgJe me laisserai aussi monter par des débutants au cours de stages et ferai de nombreuses randonnées dans les Alpilles.

Je suis très heureux et mène une vie trépidante qui ne me laisse pas le temps de m’ennuyer. Tout va changer à partir de 2003 – j’ai alors 24 ans – et la notion de bonheur va prendre une toute autre tournure …

Je retrouve enfin une vraie vie d’étalon

Les boxes, les prés séparés et les compétitions, c’est fini ; on me déferre définitivement je n’aurai plus jamais de fers aux pieds.

Avec deux autres étalons Appaloosa, Bamby, 9 ans et Blue, 2 ans, nous vivons à trois chevaux sur un parc de plus de 2 hectares. C’est avec beaucoup de plaisir que je goûte à cette vie naturelle de cheval mâle dans la nature : celle du groupe d’étalons célibataires. Finies les sorties de box tous les matins après le petit-déjeuner pour aller en paddock individuel avant de retourner au box pour la nuit ; fini l’isolement ; finie notre anticipation à chacun pour sortir ou pour rentrer ; finie notre excitation en apercevant un autre cheval à l’horizon. Nous pouvons enfin nous toucher, nous sentir, communiquer.

04Royal.jpgNotre première rencontre a été un spectacle fascinant pour nos propriétaires. Des étalons qui se rencontrent pour la première fois « pour de vrai », nos sens en ébullition, les muscles tendus lorsque nous nous approchons les uns des autres à toute vitesse ; nos yeux grands ouverts et nos encolures fléchies. A chaque pression du nez sur le corps de l’autre, nous émettons des sons étranges et très puissants, nos sabots frappent le sol et soulèvent des nuages de poussière, nous nous cabrons à la limite de l’équilibre, et redescendons parfois presque jusque sur les genoux ; tout cela sans l’intention de faire mal et sans jamais nous blesser. Nous sommes des étalons sensés. 

La beauté de ce moment restera à jamais gravée dans les mémoires. Notre groupe d’étalons célibataires est maintenant bien formé, et notre entente est parfaite. Très rapidement, je me révèlerai le plus fort, tant physiquement que mentalement ; et c’est moi qui mènerai ainsi la danse pendant presque deux ans.

© Cheval au Naturel magazine

lundi, 25 janvier 2010

La Suisse

04Royal.jpgL’arrivée en Suisse, le 20 juillet 1988, fait la Une de tous les magazines équestres du pays. On me présente devant le Palais de la Confédération Helvétique en plein centre-ville de Berne.

Je commence ma nouvelle vie dans la propriété du couple : l’Eldorado Ranch, en Suisse. Je dois couvrir deux juments par an et commencer un entraînement quasi quotidien afin de me préparer aux compétitions d’équitation américaine.

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L’année de mon arrivée, je participe déjà aux concours internationaux.

Mon nouveau propriétaire, qui n’avait jamais eu d’étalon auparavant, découvre en moi un cheval exceptionnel, au caractère droit et juste. Une confiance totale et hors du commun va naître entre nous. Cette entente mutuelle nous entraînera très loin : démonstrations impressionnantes de confiance aveugle au Salon du cheval de Berne, regroupement et convoyage de vaches échappées, et nombreux trophées…

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Un an à peine après mon arrivée – à 10 ans – je deviens double champion national en Hunter under Saddle et en Trail. L’année suivante, en 1990, je suis de nouveau double champion national en Hunter under Saddle et enSenior Western Pleasure, et vice-champion national en Trail. Je remporte également le titre de All Around Champion, ainsi que beaucoup d’épreuves en Allemagne dont, en 1991, le titre de champion national allemanden Senior Western Pleasure, après avoir voyagé seul en van pendant plus de 9 heures à travers la moitié de la Suisse et de l’Allemagne pour participer à cette seule épreuve…

Pas mal pour un fainéant, vous ne trouvez pas ?

J’ai l’impression d’avoir trouvé ma voie et des propriétaires qui me comprennent.

C’est ainsi que se termine l’épisode suisse de ma vie. 

© Cheval au Naturel magazine

mercredi, 20 janvier 2010

L’Europe

Une jeunesse de roi fainéant

Je suis né le 6 avril 1979 dans l’Etat du Minnesota, aux USA.

Ma robe splendide est baie foncé avec “blanket” – proche de celle de mon père -. Mes propriétaires espèrent beaucoup de moi et, à 2 ans à peine, me voilà sur les champs de course de Floride. Seulement, je n’ai pas le potentiel d’un cheval qui remporte des trophées ; on me dit fainéant, pas du tout compétitif et peu désireux de me battre et de gagner.

On me réforme donc rapidement et je suis envoyé dans le nord du Dakota, où je commence une vie de reproducteur. On me monte de temps en temps pour parader dans les rues de la ville avec un homme déguisé en indien sur le dos.

Ma vie est calme et tranquille, au pré, et je mène cette douce existence d’étalon reproducteur pendant sept années.

Mais à l’âge de 9 ans ma vie va prendre un tournant radical…

Je prends l’avion pour l’Europe avec deux juments

Nous sommes en 1988. Un couple venu tout droit d’Europe (Suisse) arrive aux Etats-Unis pour quatre jours, avec l’idée d’acheter deux juments Appaloosa. Une fois les deux juments achetées – avec l’aide de Randy Floyd, qui est un entraîneur renommé et le propriétaire de mon père au New Hamphshire – les deux Européens se préparent à regagner la Suisse par avion. Or il reste une place pour un cheval dans le compartiment, et, comme le prix du transport reste le même, ils décident d’acheter un troisième cheval.

03Royal.jpgRandy leur montre alors ma photo, et ils tombent sous le charme de mes yeux doux et expressifs. Ils m’achètent le jour même sans m’avoir vu en chair et en os. Soucieux de notre confort, ils prévoient le transport vers l’Europe un mois plus tard, le temps pour Randy Floyd de nous préparer physiquement au voyage. Le jour J, me voici avec les deux juments, pleines de mon père, embarquant dans le container sans encombre. C’est une première pour la compagnie aérienne Swissair, qui n’a jamais transporté de chevaux jusque-là et qui exige que nos propriétaires soient munis de trois seringues d’un produit létal afin de nous abattre immédiatement si le pilote l’estime nécessaire en cas de problème dans l’avion. Bien heureusement le voyage se passe à merveille. Les accompagnateurs peuvent nous rendre visite pendant le vol, afin de nous donner à boire et de s’assurer que tout va bien. Aucun problème, je n’ai pas eu besoin de calmants, et j’ai tranquillement cohabité pendant une douzaine d’heures avec les deux juments… Admiratif et fier, le commandant de bord sablera le champagne à 10.000 m d’altitude ! 

© Cheval au Naturel magazine

dimanche, 17 janvier 2010

First Secretary

Mon père : le premier poulain de Secretariat : un Appaloosa 

Mon père, le premier poulain de Secretariat, a fait parler de lui à l’échelle nationale et provoqué une polémique au sein des syndicats d'élevage de Pur-sang américains.

Remportant un total de 5,4 millions de dollars américains, Secretariat avait eu un tel succès sur la scène des courses que ses propriétaires vendirent ses droits de reproduction pour plus de 6 millions de dollars, avant même qu'il n'ait sailli de juments. Mais quand il fut mis à la retraite, personne ne savait s’il pourrait avoir des descendants. Les examens en laboratoire montrèrent que ce Pur-sang légendaire avait "un sperme immature en quantité irrégulière". La rumeur courut que le super cheval était stérile. Le personnel de la Claiborne Farm décida donc d'évaluer la fertilité de l'étalon. On rassembla une série de juments d'essai et l’une d’entre elles, nommée Leola, se trouva en chaleur au bon moment. Elle fut saillie le 1er et le 3 décembre 1973. La saillie prit, Secretariat était fertile…

Leola, ma grand-mère, avait 13 ans au moment de la saillie. Elle était une jument de qualité. Ses origines remontaient directement à l'héritage indien des Nez-Percés. Elle était Appaloosa. Plusieurs personnes passionnées d'Appaloosas ont alors pris contact avec la Claiborne Farm pour l’acheter ainsi que son poulain encore à naître. John et Lynn Nankivil, de Winona, Minnesota, y sont parvenus pour une somme dont le montant n'a pas été révélé. Ils ont acheté Leola, espérant que le poulain qu'elle portait serait coloré. Avant la naissance de ce dernier, et sans même savoir si Leola arriverait à terme, plusieurs éleveurs ont acheté les droits de reproduction de ce premier poulain de Secretariat. 

Leola&First-Secretary.jpgC'est par une froide nuit d'automne, le 15 novembre 1974, que mon père vint au monde. Il était le portrait de son propre père mais en version tachetée. First Secretary avait une grande couverture (blanket) blanche sur la croupe, des sabots rayés, la peau tachetée et une pigmentation blanche autour de l’œil.

First Secretary toisait 1m72, soit 2,5 cm de plus que son père. Et comme son père, il avait une belle robe alezane, trois balzanes et une liste en tête. Il démontrait que le croisement entre un Pur-sang et un Appaloosa pouvait avoir pour résultat un produit à presque 100% Appaloosa. Cette naissance a suscité des commentaires dans tout le pays et a même obligé le Président Ford à présenter des excuses au sujet d'une remarque qu'il avait émise lors d'une collecte de fonds pour les Républicains. Il avait dit que tout comme Secretariat, ses critiques étaient rapides mais pas très productifs.

First-Secretary.jpgCe fils de Secretariat était unique, un descendant direct et historique de la race Appaloosa. L'anniversaire de First Secretary, en novembre, ne lui permettant pas de participer aux courses, ses propriétaires le mirent à la reproduction. Il engendra  247 poulains dont 39 chevaux de course et parmi ces derniers, 33 gagnèrent des points en course.

Mon père vécut jusqu'à l'âge de 19 ans et mourut de coliques. Il laissait derrière lui une lignée exceptionnelle dont je fais partie, moi qui vous raconte cette histoire...  

© Cheval au Naturel magazine

samedi, 02 janvier 2010

SECRETARIAT

L'histoire de mon grand-père SECRETARIAT, le plus grand cheval de course de tous les temps...

Les studios Walt Disney sont en train de faire un film sur mon grand-père : SECRETARIAT

Contre toute attente, Penny Chenery (DIANE LANE), femme et mère au foyer - assistée par l’ancien entraîneur Lucien Laurin (JOHN MALKOVICH) - va faire son chemin dans un monde des courses dominé par les hommes et entraîner Secretariat dans un voyage spectaculaire qui fera de lui le premier, en 25 ans, à remporter la Triple Couronne et sans doute le plus grand cheval de course de tous les temps.

01-Secretariat.jpgLe film s’appuie sur l’histoire incroyable mais vraie de mon grand-père SECRETARIAT qui, en 1973, a remporté la Triple Couronne. Penny Chenery (DIANE LANE), mère au foyer accepte de reprendre les écuries de son père malade, les Meadow Stables, qui se trouvent en Virginie. Elle ne connaît rien au monde des courses et de l’entraînement. A la surprise de tous, Chenery - aidée par l’ancien entraîneur Lucien Laurin (JOHN MALKOVICH) - va réussir à se débrouiller dans ce monde typiquement masculin et à faire gagner la Triple Couronne à celui que l’on peut sans hésiter qualifier de plus grand cheval de course de tous les temps.

Avec : Diane Lane, John Malkovich, Dylan Walsh, Scott Glenn, Dylan Baker, Margo Martindale, Nelsan Ellis, Otto Thorwarth, Fred Thompson, AJ Michalka, Kevin Connolly, Eric Lange, James Cromwell - Metteur en scène : Randall Wallace - Producteurs : Mark Ciardi & Gordon Gray - Producteurs en chef : William Johnson, Mike Rich - Scénario : Mike Rich - Genre : Drame - Indice : TBD - Date de sortie aux USA : Le 8 octobre, 2010 - Distibution : Walt Disney Pictures.

Bonne année à tous,

Secretary Royal

Remarques :

- En 1973, mon grand-père Secretariat a été le premier cheval américain depuis 25 ans, à remporter la Triple Couronne et à établir des records de vitesse, encore non battus, au Kentucky Derby et au Belmont Stakes.

SecretariatStamp.jpg- Penny Chenery, âgée maintenant de 87 ans, a fourni les informations utilisées pour le film. Elle apparaît également en extra dans une des scènes du film.

- En 1973, mon grand-père a fait la couverture de trois grands journaux au cours de la même semaine : le Time, le Newsweek et le Sports Illustrated.

- Le metteur en scène Randall Wallace, qui a également dirigé “We Were Soldiers,” a été nominé pour les Oscar® et le Golden Globe® en tant que scénariste de “Braveheart.”

- En 1999, les services postaux américains ont sorti un timbre de 33 centimes à l’effigie de mon grand-père.

SECRETARY ROYAL

À propos de moi, SECRETARY ROYAL :

01RoyalEye04.jpgMa vie n’est pas sombre, elle est riche de sons, de musique et de lumière.

Je suis ainsi privé d’une partie de mes sens mais mon ouie a décuplé, je sens, j’entends le moindre bruissement qui m’entoure, je suis dans autre monde vraiment solitaire mais ô combien habité.

Je ne peux plus me mouvoir comme avant, il a fallu me réhabituer à capter différemment la lumière, la vibration de lumière me pénètre directement. Cette perception est comme un grand tentacule qui se déploie à l’infini…

Je suis dans un vaste champ de conscience qui échappe de toute façon à la vue, j’ai appris à voir différemment, à humer la direction, l’homme, les animaux. Je suis extrêmement attentif, sans cesse sur le qui-vive.

J’ai besoin de contact peau à peau, j’ai besoin d’être gratté, d’être sorti aussi sans arrière-pensée.

J’ai aiguisé ma confiance, je suis dans autre monde très coloré et magique. Humer l’herbe est primordial pour moi, être dans environnement ouvert et vaste.

Je souffre dans espace réduit c’est comme si mon corps rétrécissait pour s’adapter à la pire situation.

La cécité me permet l’expansion dans toutes mes dimensions physiques et psychiques.

La vie sur terre nous contraint, nous réduit par une dépendance trop grande à l’homme.

La cécité m’a fait connaître autre lumière, celle du cœur, celle que personne ne voit avec des yeux…

J’ai trente-et-un ans, je suis aveugle. Je m’appelle Secretary Royal, je suis un pur-sang appaloosa et je tiens le rôle principal du film « INSOUMIS, une histoire de chevaux… » J’aimerais vous parler de ma vie, vous raconter mon histoire et celle de mes ancêtres.

PS : Un grand Merci à Isabelle, Carole et Takhis qui permettent à mes pensées d'être entendues...

© Cheval au Naturel magazine

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